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Contes de la lune vague après la pluie

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les avis de Cinemasie

6 critiques: 4.58/5

vos avis

32 critiques: 4.23/5



Xavier Chanoine 4.25 Portée par la grâce et touchée par le démon.
Tenebres83 4
Ordell Robbie 5 Un chef d'oeuvre intemporel de Mizoguchi et du cinéma japonais
Ghost Dog 4.5 Le chef d'œuvre de Mizoguchi ?
drélium 4.75 Le chef d'oeuvre de Mizoguchi.
Chris 5 Tout simplement fabuleux
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Portée par la grâce et touchée par le démon.

Dans un registre qu'il maîtrise à la perfection, accentué par sa mise en scène théâtralisée à l'extrême, Mizoguchi livre une oeuvre terrifiante aux antipodes du film en costume classique plombé par des séquences de discussions interminables. Non, Contes de la lune... marche sur les plates bandes du film d'épouvante et social, à la limite du gothique (chemin qu'empruntera Mario Bava entre autre), qui cache au fond de lui un des plus beaux trésors que le cinéma japonais classique des années 50 nous ait offert. Ce trésor fait d'humanisme fort, en parfaite contradiction avec le contexte d'époque. 16ème siècle, ère Edo, villages constamment pillés par des brigands (voleurs et samouraïs, abuseurs à l'occas'), voilà ce que dépeint Mizoguchi. La richesse et le pouvoir, tels sont les deux maître mots qui servent de colonne vertébrale à la fluidité du récit, ponctué de notes dramatiques et fantastiques, proches du surréalisme pur et simple : Genjuro doit rejoindre la ville pour vendre ses poteries et ainsi sauver sa famille et son village de la pauvreté, ces derniers s'étant fait piller la veille par une bande de malades sortis d'on ne sait où. La campagne est dangereuse, ils prennent alors une barque et s'en vont par la rivière, brumeuse et morte, cauchemardesque. La rencontre avec un homme à demi-mort pose d'amblé l'ambiance, Contes de la lune... ne sera pas un film tout à fait comme les autres.

Le spectateur s'en rend compte dès lors que Genjuro fait la rencontre d'une dame noble et étrange, épaulée par sa vieille servante, toutes deux l'invitant à les rejoindre dans leur demeure située dans les montagnes, afin de réaliser une transaction des suites de l'achat de poteries. Mizoguchi démontre alors la cupidité d'un homme attiré par la richesse et l'amour traître, d'ailleurs Genjuro le regrettera amèrement en fin de métrage des suites d'un double twist final absolument renversant orchestré intensément par un cinéaste alors en pleine possession de ses moyens. Contes de la lune... fait alors preuve d'une philosophie à la fois pure et équilibrée, c'est à dire une version orientalisée et théâtralisée de la Pursuit of Happiness américaine à l'époque des pionniers, où l'on donnait de l'importance à une personne pour ce qu'elle était et non pour ce qu'elle possédait.



18 mars 2007
par Xavier Chanoine




Le chef d'œuvre de Mizoguchi ?

Avec ces 2 contes rassemblés en un seul, Mizoguchi a réussi un véritable tour de force en exposant aux yeux du monde une œuvre visuellement époustouflante traitant de thèmes universels entre rêve et réalité. Esthétiquement tout d'abord, on est en présence d'une mise en scène fluide et dynamique s'intégrant parfaitement au récit ; les mouvements de caméras sont amples et toujours justifiés, à tel point qu'on entre véritablement dans le film pour n'en sortir qu'au panneau " fin ". La scène de la traversée du lac est un magnifique exemple pour illustrer mes propos, la caméra voguant au ras des eaux en pleine nuit, filmant sous un épais brouillard la frêle barque qui fuit la terreur et file vers l'aventure. Notons aussi que la luminosité utilisée ici donne un noir et blanc laiteux proprement fascinant qui est en partie à l'origine de la célébrité des Contes de la lune vague

Les thèmes abordés sont nombreux et encore d'actualité de nos jours, bien que le film date de 1953 et que le récit se situe au XVIème siècle : comment ne pas voir dans le personnage du potier le symbole d'industriels modernes lancés dans une course effrénée au profit et à la rentabilité, parfois au mépris de ceux qui l'entourent ? Comment ne pas voir dans le personnage du paysan rêvant de devenir samouraï coûte que coûte bon nombre d'hommes et de femmes actuels voulant accéder à la gloire sans en avoir les moindres mérites ? L'ambition, le destin, la bonté, la raison (notamment celle de ne pas abandonner femme et enfant pour satisfaire égoïstement sa volonté de progression sociale), qui plus est transportés en temps de guerre, tous ces thèmes sont présents et revêtent une dimension précieuse sous l'œil du maître. Ce dernier ne se prive pas de dénoncer la cupidité des hommes qui, depuis des générations, a pour conséquence la souffrance des femmes (un de ses sujets favoris) ; plus ambiguë est la morale que l'on peut tirer de cette œuvre. L'audace et la remise en cause de sa situation sociale est-elle dénoncée ? Non, mais elles ne doivent pas se faire à n'importe quel prix, surtout au prix du sacrifice et du meurtre ; 2 péchés qui se sont violemment retournés contre leurs auteurs.

L'ensemble du film oscille entre rêve et réalité, au point d'en devenir troublant. La scène qui m'a le plus marquée est celle du palais fantôme d'une princesse déchue et de sa servante que croise sur sa route le potier : une réalité qui retombe en poussière dès que ce dernier ouvre les yeux, une expérience qui a une valeur hautement symbolique, et qui fut d'ailleurs repris avec talent par… Tsui Hark lui-même dans Green Snake, nouvelle preuve que cinémas japonais et hong-kongais sont intrinsèquement liés. Et rien que pour cette comparaison, ça vaut le déplacement.



09 octobre 2001
par Ghost Dog




Tout simplement fabuleux

Lion d'argent au festival de Venise en 1953, il est l'un des films ayant contribué à construire la réputation performante tant enviée du Japon en matière d'art -plus que d'industrie- cinématographique. Alors que des cinéastes comme Ozu se sont évertués et ce, même de manière brillantissime, à faire du cinéma hollywoodien au Japon - précisons-le plus par amour que par bessonismus vulgaris-, Les contes... représente le cinéma japonais tel que l'imaginerait encore aujourd'hui le reste du monde, et parions-le la nouvelle génération cinéphage japonaise !

Avec un titre aussi énigmatique (idem pour le titre international), le spectateur lambda s'attend à (ne pas) voir pendant deux heures, des gens en kimono admirer les nuages flottant au dessus d'un lac rempli de nénuphars, baragouinant des pseudo-vérités métaphysiques sur fond de malaise social. Et c'est un a priori tenace, une barrière en béton armé qui perdure : le film est en noir et blanc, il n'existerait pas de non-VOST, et il aurait tout aux premiers abords du jidaigeki aux antipodes d'un Kenji Misumi.

Pourtant, l'oeuvre s'éloigne totalement du kabuki, dont l'influence est un trademark indécrottable des productions même actuelles, et prend des couleurs (!) universelles puisqu'elle se tourne plus volontiers vers le shingeki. Paradoxalement, pour un film qui relève du jidaigeki fantastique, l'occidentalisation est très marquée. D'une part parce que le shingeki est plus proche de ce qui se faisait à l'époque à Hollywood (aujourd'hui c'est autre chose !) et parce que ce récit tire ses racines d'une nouvelle de Maupassant.

Le lambda susnommé se gonfle donc d'a priori injustifiés pour l'éviter et préférer un Astérix II plus pimpant (AAAaaaargh !). Et pourtant. Cette superproduction d'avant l'heure dispose de décors somptueux, d'une cinématographie fabuleuse et à travers les pérégrinations de pleutres anti-Toshiro Mifune, dresse une lecture éminemment savoureuse puisque les thèmes (voire les thèses) abordés sont infinis. Alors que d'autres s'extasient devant les bienfaits neuronaux d'un Matrix ou pire d'un 2001 (aussi creux qu'un bol chinois après la soupe pour ce dernier), voici une véritable fresque féminiphile et humaniste qui jongle avec le réel et le virtuel de manière plus inspirée que ne peut le faire les "fleurons" high-tech qui en comparaison ne fantasment que sur le record du monde du premier weekend et les suppléments DVD.

Impossible ici de décrire toutes les ramifications de ce récit tant il est solide et imparable, à l'inverse d'un salmigondis comme Le pacte des loups, sympathique, efficace et bourratif mais trop déconstruit pour être géant. Ainsi avec ce monument, Mizoguchi ratisse ce que les Spielberg, Oshii, K. Dick, Hark (entre autres) ont tous brillamment exposé chacun de leur côté dans des oeuvres diamétralement opposées. De là à affirmer que M. Lambda qui persiste à rester réfractaire continue de passer à côté du plus grand film du vingtième siècle...



02 février 2002
par Chris


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